Qu’est-ce qui fait qu’un enfant sourit lorsque tu lui souris ? Qu’est-ce qui nous fait frissonner lorsque nous voyons quelqu’un souffrir, même si cela ne nous est pas arrivé ? La réponse dépasse l’émotion. C’est de la neurobiologie pure.
Dans notre cerveau existe un système fascinant : les neurones miroirs. Ces neurones s’activent lorsque nous réalisons une action et également lorsque nous voyons quelqu’un d’autre faire la même chose. Mais cela ne s’arrête pas là : ils s’allument aussi lorsque nous observons des expressions faciales, des gestes ou des états émotionnels. En pratique, nous “reflétons” dans notre cerveau ce que nous voyons chez les autres. C’est l’une des bases biologiques de l’empathie.
Et pourtant, dans certaines conditions, ce mécanisme de reflet s’affaiblit. Il s’atténue jusqu’à ce que nous ne ressentions plus ce réflexe qui nous rapproche des autres. Ce phénomène est observé à la fois dans les troubles du spectre autistique et dans la maladie d’Alzheimer. Deux réalités différentes, un fil conducteur commun et invisible : l’affaiblissement ou la perte de sensibilité des neurones miroirs.
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Chez les personnes présentant des troubles du spectre autistique (TSA), les recherches montrent que les neurones miroirs fonctionnent différemment. Bien que beaucoup d’enfants avec TSA puissent imiter volontairement ou apprendre des gestes, il leur est difficile de “lire” les gestes et les émotions des autres en temps réel. C’est comme si le miroir du cerveau ne reflétait plus clairement le monde social.
Les études EEG montrent une activation faible des régions associées au système miroir lors de l’observation des mouvements et expressions des autres. Cette dysfonction n’explique pas tout, mais contribue de manière importante aux difficultés de relation, d’empathie et d’interaction sociale.
Il est essentiel de noter que le spectre autistique est vaste et complexe — et que la sensibilité du réseau miroir varie fortement d’une personne à l’autre.
La maladie d’Alzheimer est connue pour les pertes de mémoire, mais l’un des changements les plus bouleversants survient sur le plan affectif. Les patients autrefois empathiques et chaleureux commencent, peu à peu, à ne plus réagir aux émotions de leur entourage. Tu ris — ils restent absents. Tu es triste — ils semblent ne pas le remarquer.
Les recherches montrent que ce changement peut être lié à la dégradation du réseau des neurones miroirs. Les zones cérébrales impliquées dans l’empathie — comme l’insula antérieure, le gyrus frontal inférieur ou le lobe pariétal — sont touchées dès les premiers stades de la dégénérescence. Ainsi, l’empathie cognitive (la capacité de comprendre ce que ressent quelqu’un) commence à se perdre.
Bien que l’empathie affective — la réaction émotionnelle de base — se maintienne un temps, elle finit par diminuer elle aussi. Ce qui reste, c’est un silence difficile à comprendre pour les proches.
Même si nous parlons de deux affections totalement différentes — l’une neurodéveloppementale, l’autre neurodégénérative — elles impliquent toutes deux des difficultés de connexion sociale. Et derrière ces difficultés, les chercheurs observent de plus en plus souvent l’implication des neurones miroirs.
Dans l’autisme, ce réseau semble fonctionner partiellement ou réagir faiblement aux stimuli sociaux. Dans Alzheimer, il se dégrade progressivement, entraînant une perte graduelle de la capacité à ressentir et comprendre les émotions des autres.
Les deux situations montrent à quel point le cerveau est profondément lié à la relation humaine. Et à quel point notre capacité à être présents émotionnellement les uns pour les autres peut parfois être fragile.
Nous ne pouvons pas “réparer” les neurones miroirs, mais nous pouvons les stimuler.
Dans le cas de l’autisme, les thérapies basées sur l’imitation, le contact visuel et les jeux sociaux peuvent aider à développer une meilleure connectivité dans ce réseau. Dans Alzheimer, des méthodes comme la musique, l’art, les animaux de thérapie ou le toucher doux peuvent parfois réactiver certaines réponses émotionnelles.
La relation humaine reste l’outil le plus puissant que nous ayons.
Bibliographie et sources scientifiques
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• Mograbi, D. C., et al. (2012). Empathy in Alzheimer’s disease: A neuropsychological review. Dementia & Neuropsychologia.
• Enticott, P. G., et al. (2013). Mirror neuron activity associated with social impairments but not general motor difficulties in autism spectrum disorder. Biological Psychiatry.